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IMAGINE

HYPERSENSIBLES ET PHOBIE SCOLAIRE

Mis à jour : avr. 14


Pour avoir eu à travailler en profondeur sur la "phobie scolaire" et sur ses effets délétères, je sais que c'est, en France, un phénomène totalement sous estimé, certainement sous évalué et incroyablement silencieux au regard de la souffrance qu'il engendre. Pourtant, à l'instar de la fameuse "charge mentale" récemment popularisée ou du non moins célèbre "burn-out", c'est un fléau de grande ampleur dont les ravages sont absolument méconnus, les souffrances trop tues et les solutions et prises en charges pas si nombreuses. Selon mon expérience, 100% des situations de phobie scolaire sont en lien avec la nature d'hypersensible.

Qu'est-ce qu'une phobie scolaire ?

L'expression "phobie scolaire" bien qu'utilisée fréquemment dans une société qui a besoin de mettre des étiquettes aux contours précis, n'est pas l'expression la plus exacte de cette souffrance de l'enfant. Ce n'est pas une phobie, dans la mesure où une phobie répond à une description précise qui ne correspond en aucun cas à ce que vivent les élèves dans cette situation :

une phobie (du grec ancien φόβος / phóbos, frayeur ou crainte) est une peur démesurée et irrationnelle d'un objet ou d'une situation précise.

Or la peur que vivent les enfants et adolescents qui sont dans cette situation dite de "phobie scolaire" n'est ni démesurée, ni irrationnelle. Elle est au contraire un réflexe du survie du cerveau par rapport à une situation de mise en danger de l'intégrité de l'enfant ou de l'adolescent concerné dans un contexte scolaire. Elle est intense, par leur nature d'hypersensible mais ni démesurée, ni irrationnelle au regard de l'hypersensibilité.

On pourrait donc dire que la phobie scolaire n'est pas une phobie mais un sain réflexe de survie des élèves concernés. Posé comme cela, ce n'est pas un problème mais bien une faculté d'adaptation dans un environnement perçu comme dangereux. Évidemment, du point de vue de la société, l'affaire est plus difficile à gérer et à accepter quand on prend cette perspective, dans la mesure où cela met en lumière les manques dont elle peut faire preuve vis à vis de ses enfants.

Qualifier les élèves en souffrance de "phobiques" (donc quelque part de "malades" dans la perception de l'inconcient collectif), est tout simplement une erreur de jugement, un raccourci pour mettre ce problème dans une case. C'est aussi une manière de stigmatiser lesdits enfants qui, par leur parcours et leur manière de réagir, font déjà l'objet de stigmatisation.

La "phobie scolaire" n'est pas la peur irraisonnée d'un danger inexistant mais une stratégie d'adaptation d'un élève en souffrance. Le terme détresse scolaire serait objectivement plus adapté. On pourrait même retenir l'expression de détresse scolaire résiliente pour marquer la dimension de "survie" , le fait que l'enfant se met ainsi en "mode de sauvegarde".

Mais reconnaissons que le terme "phobie scolaire" est plus "parlant" dans une société ou la communication doit être rapide et fonctionne par image. Ceci posé, nous utiliserons donc indifféremment les deux expressions.

Cette détresse scolaire peut aussi prendre la forme de détresses "plus ciblées" couramment appelées "phobie des mathématiques", "phobie des sciences", "phobie du sport", etc.

Reconnaître les signaux de cette détresse ou phobie scolaire

Ce sont tous les signaux qui montrent que l'enfant ou l'adolescent est littéralement malade à l'idée d'aller à l'école, voire même à la simple idée de l'école ou des études et autres "devoirs".

Voici quelques uns des signaux qui doivent vous alerter - la liste est loin d'être exhaustive :

  • Brusque changement de comportement. L'enfant n'est plus épanoui, se renferme, s'isole ou au contraire parle sans arrêt avec un débit très rapide ou devient hyperactif.

  • Cauchemars

  • Énurésie

  • Nausées, maux de ventre, perte d'appétit

  • Troubles de l'apprentissage : incapacité à mémoriser, dyslexie, etc.

  • Refus de faire les devoirs

  • Refus d'aller à l'école

  • Crises d'angoisse

  • Brusque changement alimentaire, parfois boulimie, prise de poids ou au contraire perte d'appétit.

  • Situation d'échec scolaire, qu'elle soit nouvelle ou qu'elle remonte aux débuts de sa scolarité.

Par ailleurs, selon mon expérience, les enfants qui se retrouvent dans cette situation sont hypersensibles et présentent assez souvent (dans la plupart des cas, dirais-je) une forme de précocité. Il n'est pas rare qu'ils doivent de plus faire face à des situations de mise à l'écart voire de harcèlement.

Les causes de la phobie scolaire

Les raisons d'une détresse scolaire sont multiples et leurs racines sont plus ou moins profondes, puisant à la fois dans l'histoire propre de l'enfant ou de l'adolescent, dans son environnement scolaire et familial, et dans la culture* qui l'imprègne. Nous pouvons déjà citer plusieurs causes (liste non exhaustive) :

L'inadaptation de l'école aux enfants d'aujourd'hui


De manière générale, se pose d'abord la manière actuelle dont sont transmis les savoirs. Dans l'école française, c'est une manière dirigiste qui prédomine, dont les processus ont été établis entre le XIXe et le XXe siècle. Elle ne prend en compte quasi aucun** des nouveaux paramètres qui induisent un comportement et une vision du monde spécifique des enfants et adolescents d'aujourd'hui : internet, les réseaux sociaux et leurs effets sur les comportements et les cerveaux ont fait l'objet, par exemple, de nombreuses études du domaine des sciences cognitives.

Dans le domaine des neurosciences, la plasticité du cerveau, théorisée dès le début du XXe siècle, a été démontrée à la fin du XXe siècle par maintes études***, notamment outre-atlantique : le cerveau d'un sujet qui n'a jamais été mis en contact avec internet et son univers d'hyperliens et qui est donc habitué à un processus linéaire d'acquisition de l'information ou des savoirs (la lecture d'un livre par exemple), s'adapte quasi instantanément à ce nouveau processus d'information "en étoile" (un lien mène à un autre lien qui mène à un autre lien de manière totalement non linéaire).

L'adaptation, c'est à dire la manière dont le cerveau réagit et met en place de nouveaux processus pour s'adapter à la situation par la production et l'organisation de nouvelles synapses) se fait non pas en délais d'années, de mois ou de semaines mais... en quelques heures, quasi en temps réel.

Les générations d'élèves actuelles, plongées dès le plus jeune âge dans un monde d'une extrême diversité informationnelle n'ont pas la même manière d'architecturer l'information que celle que nous avions à leur âge. Ils vivent dans un monde de rapidité, d'échanges constants, de multiplicité, de "navigation atomisée".

L'apprentissage linéaire, par des livres, par le discours long d'un professeur (la durée d'un cours est de 45 à 60 mn voire plus) ne correspond plus ni à leur mode de préhension de l'informationni à leur capacité de saisir et d'intégrer de nombreuses informations "en mosaïque".

Le rapport au temps a également changé. Demander aux enfants et adolescents actuels de se concentrer une heure entière ou plus sur le "discours" (même si, bien sûr, il y a des interactions avec les élèves) d'un professeur semble tout simplement en décalage complet avec l'époque. Au vu des capacités des élèves à se concentrer sur de multiples tâches en temps réel avec la rapidité que l'on sait (il suffit de les voir en action sur les jeux vidéos), on peut même avancer l'idée que ce type d'enseignement est tout simplement en deçà de leurs capacités, et ce, quelque soient leurs résultats scolaires.

Que donnerait l'expérience de mettre des parents et professeurs en compétition avec les élèves sur des jeux vidéos ?

Lorsqu'un enfant ou un adolescent développe une "phobie scolaire", il faut bien prendre en compte le fait que ce n'est pas lui qui est inadapté au système scolaire mais bien le système scolaire qui est inadapté à ses capacités. Y compris (voire surtout) s'il est en situation d'échec scolaire.

L'humiliation de l'élève


L'humiliation revient souvent lorsqu'on explore les différentes causes de la détresse scolaire. Dans l'esprit d'un élève, une remarque qui pourrait sembler anodine à un adulte peut avoir des effets ravageurs, qu'elle vienne des professeurs comme d'autres élèves ou parfois même des parents. Souvent, c'est l'accumulation de remarques ou de faits perçus comme humiliants qui conduit à cette situation.


L'insécurité entre également en ligne de compte. C'est même un des éléments les plus fréquemment mis à jour lors de séances de travail avec des enfants ou des adolescents sur ce sujet.

Le harcèlement scolaire


Il n'est pas rare que les enfants en situation de détresse scolaire soient harcelés. L'enfant qui ne se sent pas bien dans son environnement scolaire est une proie facile que sent "le groupe" qui construit sa force sur la faiblesse perçue des autres. Et vice versa, naturellement, l'enfant harcelé, qui l'est toujours parce qu'il présente "une différence", développera facilement une détresse scolaire bien compréhensible.

La pression


La pression du devoir de réussite, la pression du futur ("no bonnes notes, no futur"), la pression des notes et "contrôles" est un facteur fort de la souffrance scolaire, qu'elle se transforme en dite "phobie" ou pas. Le mot "contrôle", souvent utilisé par les élèves comme par les parents et professeurs à la place du mot "évaluation" porte en lui-même toute une symbolique forte et propre à favoriser l'angoisse ("contrôle : action fait de pouvoir contrôler quelque chose, un groupe, avoir les pouvoir de les diriger" selon la définition du Larousse).

L'histoire personnelle de chaque enfant joue évidemment un rôle fondamental dans le développement d'une situation de détresse scolaire.

Notons que souvent, lorsque la phobie scolaire est détectée à l'adolescence, son origine remonte à l'époque de la maternelle ou à celle de la primaire. Ce sont autant d'années de souffrance accumulées.

Que faire si votre enfant présente des signaux de détresse scolaire ?

  • Être attentifs aux signaux.

  • Vérifier que l'enfant ou l'adolescent ne fait pas l'objet de harcèlement, menaces, agressions diverses, racket ou moqueries. Dans la vie physique et sur les réseaux sociaux.

  • Établir un dialogue de confiance avec lui (sur l'idée de la parentalité bienveillante, par exemple).

  • Prendre contact avec l'équipe pédagogique de son école, avec les professeurs mais aussi avec le ou la proviseur(e) pour évaluer la situation et la réponse pouvant être apportée par l'école.

  • Prendre conscience que de tels signaux de détresse d'un enfant sont à prendre en considération sans délai. Ils sont toujours induits par une souffrance. Si elle n'est pas prise en compte rapidement, elle ne peut que se traduire de plus en plus fortement de différentes manières au fil du temps.

  • Vous faire accompagner.

Les ressources en cas de détresse ou "phobie" scolaire


L'association phobie scolaire qui propose une feuille de route si vous êtes dans cette situation ainsi qu'une liste de thérapies envisageables.

Le site cancres.com du psycho-pédagogue Alain Sotto, qui consulte à Paris et à Grignan.

L'association numéro 1 scolarité qui s'est spécialisée dans l'accompagnement scolaire des enfants qui affrontent différents types de difficultés.

Psyadom, propose, elle, une approche innovante.

Les écoles alternatives


Des initiatives de plus en plus nombreuses d'écoles alternatives voient le jour, souvent initiées par des parents ayant dû faire face à la souffrance de leurs enfants. Malheureusement, par manque de subventions, ces écoles sont souvent - mais pas toujours - réservées à ceux... qui en ont les moyens financiers. Notons que depuis ces dernières années, la demande pour ce type d'école est exponentielle et les listes d'attente, pour y entrer, longues. Certaines écoles proposent un cursus procpre qui conduit néanmoins au baccalauréat, d'autres choisissent des chemins totalement alternatifs. Toutes utilisent des approches pédagogiques inovantes et répondent à une vision du monde dont le fil rouge est bienveillance, bien-être et réalisation de l'élève.

L'école dynamique et son blog.

L’école heureuse. L'école diagonale. Le lycée autogéré de Paris(qui, lui, est public) :

Un article sur la pédagogie Freinet.

Et, bien sûr, tout le réseau des écoles Montessori ou des écoles bilangues et autres écoles internationales si votre budget vous le permet.

La liste est loin d'être exhaustive, n'hésitez pas à partager des informations pour la compléter.

Si vous souhaitez témoigner sur une situation de phobie scolaire ou de harcèlement qu'a vécu ou que vit votre enfant, contactez-moi.

Les documentaires et autres articles sur la phobie scolaire sortent bien qu'encore (ultra) timidement compte tenu de l'ampleur de la situation :

phobie scolaire, le burn-out de l'enfance.

présentation du nouvel obs sur le documentaire, l'article de public sénat sur le sujet.

Voir aussi le post Hypersensibles, hyper-pouvoirs. Découvrir mes programmes en ligne particulièrement conçus pour les hypersensibles.

*Le mot culture est à prendre ici dans un sens large, au sens de l'environnement de l'enfant ou de l'adolescent, dans toutes ses composantes. **à part, bien sûr, les nombreuses initiatives personnelles des professeurs, qui se développent dans un contexte difficile et restent éparses. Un élève, au cours de sa scolarité, va donc naviguer "au petit bonheur la chance" selon les initiatives de ses professeurs. ***L'article Comment les outils modifient notre cerveau du journal La croix Internet modifie-t-il mon cerveau ? de TéléramaRapport de l'académie des sciences sur les enfants et les écrans