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IMAGINE

Synchronicités, psychisme et matière

Mis à jour : avr. 14


Synchronicité, lien entre psychique et matière.

"En ce printemps de 1928 (1), le futur Nobel de physique Wolfgang Pauli arrive de mauvaise humeur dans son laboratoire de recherche. Les scientifiques présents se lancent un regard d’intelligence : ils connaissent son caractère irascible et savent que le grand chambardement va commencer. En effet, Pauli est connu pour les effets psychokynétiques (2) qu’il déclenche sur son passage au point que des collègues finiront par lui interdire l’entrée de leur laboratoire pour préserver leurs expériences ! Son irascibilité est sans doute due à son penchant pour l’alcool qui lui sert à tenter de noyer la dépression qui l’a envahi depuis le suicide de sa mère.

C’est ainsi que l’un des plus grands physiciens quantiques de son temps atterrit sur le divan de l’un des plus fameux médecin psychiatre du XXe siècle : Carl Jung, fondateur de la psychologie analytique.

De leur rencontre naîtra une amitié et une recherche scientifique commune : poser les bases d’une physique de la conscience, établir le lien entre psyché et matière, dont ils s’apercevront que la pierre de touche est la synchronicité.

Quand il rencontre Wolfgang Pauli, Carl Jung a déjà avancé ses travaux sur l’importance des rêves et des synchronicités dans la guérison. Ses nombreuses observations l’ont amené à décrire le concept d’inconscient collectif, sorte de miroir qui reflète aussi bien la matière que l’esprit et auquel la synchronicité semble offrir un accès direct. Le concept inclut les archétypes qui selon le psychiatre sont le contenu imaginatif de l’inconscient collectif de l’humanité.

Les synchronicités, elles, sont des événements concomitants, sans lien visible de cause à effet, qui interviennent en résonance avec des états d’âme ou des questions particulières.

Jung observe au cours de ses travaux que les synchronicités sont régies par un principe de réelle sagesse qui semble pousser (ou conseiller) la personne vers son destin, comme si elles indiquaient le meilleur chemin à prendre.

Ces événements synchrones qui surviennent brusquement sous forme de coïncidences semblent se produire par une sorte de mécanisme de miroirs entre le psychisme de la personne et ce qu’il perçoit de ces archétypes. Souvent, les synchronicités concernent de petits événements du quotidien qui résonnent comme une réponse à une question qui nous interpelle en ce moment. Par exemple, nous sommes mal à l’aise dans notre profession actuelle et nous « tombons » trois fois de suite au cours de la même semaine sur une image d’un métier auquel on n’aurait pas osé rêver. L’une sur une affiche publicitaire, l’autre par la voix d’un ami qui nous parle de ce métier, l’autre par une offre de formation à ce métier qui semble « tomber du ciel ».

Les synchronicités sont autant d’occasions pour un individu comme pour l’humanité, d’évoluer. Que les événements synchrones surviennent pour une personne ou pour un groupe d’individus, ils se présentent toujours dans des moments de forte transformation. Dans le cas d’un groupe de personnes, s’ils sont compris sous le bon angle, ils sont potentiellement source de transformation positive pour l’humanité entière.

Les séances dirigées par Carl Jung consistent à emmener les patients vers la guérison en utilisant l’interprétation de leurs rêves et des synchronicités qui surviennent dans leur vie. C’est ainsi qu’il aboutit à la conclusion que la guérison consiste dans la capacité de chacun à se relier aux lois universelles de l’univers, de se rappeler qui l’on est, de s’interroger sur son destin et de retrouver son équilibre psychique et par conséquent sa santé physique.

On trouve de nombreuses traces de ce concept de synchronicité / inconscient collectif dans l’histoire, sous diverses formes : chez Leibnitz (théorie des monades) ou chez Schopenhauer, dans la tradition alchimiste (la transformation pratique de métaux non précieux en or était le symbole d’union synchrone entre l’esprit et la matière), et dans l’antiquité chez Platon (le Monde des idées), ou encore chez Pythagore, Plotin ou Héraclite qui expriment l’harmonie ou l’union de l’homme avec la matière et la conscience. Du côté oriental, on retrouve la même idée dans le TAO et son concept d’interconnexion de l’ensemble de l’univers, dans le bouddhisme, dans l’hindouisme et jusque dans le Yi-Jing, le « classique des changements » chinois. Les mandalas fonctionnent sur un schéma proche : lorsqu’on les observe, on perçoit de manière synchrone une harmonie intérieure. Ils ont un puissant effet sur le psychisme sans devoir passer par l’intermédiaire du mental. En ce sens, tous ces processus de synchronicités constituent un lien réel entre l’homme et son origine spirituelle.

Carl Jung, lui, émet une hypothèse scientifique : l’existence d’un univers où le psychisme et la matière sont reliés dans une seule unité par le fait même de cette résonnance entre événements synchrones et psychisme. Pour lui, le psychisme n’est pas séparé de la matière.

Mais il butte sur une question : ce « lien concomitant » matière - conscience est-il une réalité physique ?

C’est la rencontre de Carl Jung avec Wolfgang Pauli qui va permettre de valider ses intuitions et de poser les bases scientifiques de la psychophysique. Leur but commun : arriver à une unification de la physique où la matière et le psychisme sont une seule et même réalité psychophysique.

Ce moment où l’état psychique d’une personne coïncide avec un évènement extérieur simultané vous rappelle-t-il quelque-chose ? De fait, il se retrouve, comme nous l’avons vu*, en physique quantique, lorsque la conscience d’un observateur induit le fait qu’une particule adopte définitivement un état plutôt qu’un autre. L’interaction conscience matière est de la même nature.

Un exemple de synchronicité est justement cette émergence dans un temps très court de deux monuments de la science en même temps : la physique quantique et la Relativité, ou encore la rencontre entre Pauli et Jung qui va permettre d’élaborer des pistes tangibles vers l’introduction de la conscience dans la science physique.

Sur le plan des « grandes synchronicités », de celles qui pourraient faire évoluer l’humanité, se trouve la véritable explosion créative du début du XXe siècle que nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer*. Que ce soit en science (émergence de la physique quantique et de la Relativité) ; au plan artistique (explosion créative de différents mouvements picturaux et architecturaux qui sortent du stricte cadre figuratif (3)) ; ou encore dans le domaine des bonds technologiques, y compris en médecine.

Cette explosion synchrone de créativité ne se limite pas à l’Occident. En Inde, Sri Aurobindo, par ailleurs leader du mouvement pour l’indépendance de l’Inde et poète, décrit une pensée évolutionniste intégrant la spiritualité à la matière (4). L'inconscient y a aussi une nature spirituelle où la conscience est élargie, se dépassant elle-même en supra-conscience. Bernard Enginger, plus connu sous le nom de Satprem, a cherché toute sa vie la réponse à la question qu’est-ce qu’il reste, dans un homme, quand il n’a plus rien ? qui a jailli lors de son emprisonnement dans le camp de concentration de Mathausen. L’écrivain parti de Paris vers Pondichery et devenu l’assistant de la compagne de Sri Aurobindo, décrit lui aussi le concept de synchronicité dans son ouvrage « Sri Aurobindo ou l’aventure de la conscience » dans lequel il raconte son éveil du monde de la matière (matérialiste) vers le monde de la conscience, tout en délivrant des concepts clés de la transmission de Sri Aurobindo à l’humanité. Quand il n’a plus rien, il reste à l’humain sa conscience."

*Extrait du livre Le souffle du vent.



(1) La scène est romancée mais les faits sont authentiques. Ces événements étaient connus sous le nom « d’effet Pauli ».

(2) Influence du psychique sur la matière, par exemple lorsque des instruments dysfonctionnent sur le passage d’une personne.

(3) Vassily Kandinsky, par exemple, dans sa période « Construction-déconstruction » représente à lui seul le grand mouvement artistique de l’époque : passer du figuratif (le fait de représenter fidèlement ce que nos yeux perçoivent) à l’abstraction (représenter de manière abstraite la réalité perçue).

(4) The Life Divine, Sri Aurobindo.

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